Croyez-vous que vos idées soient vitales à la vie qui vous traverse ?

J’aimerais saluer ici le très bon article d’Hannah sur le savoir-être.

Comme à l’un fait l’autre, Sembely s’embellit, je rends grâce ici, à son humanité, à l’affinement qu’elle a su apporter à sa plume et au langage très simple et vivant qu’elle emploie. Comme tout un chacun, Hannah nous vient du grand large.

Merci pour tout cela Hannah.

 HANNAH SEMBELY - copie 2

Plantons le décor.

À la lecture de son article, je me suis trouvé frustré de ne pouvoir commenter puisque ceux-ci étaient fermés. Comme ceci explique cela, j’ai décidé d’utiliser mon savoir-faire dans un commentaire qui sera ici mon deuxième article sur le thème.

Je m’explique.

Comme plus on est de fou et plus on rit, cet article réunit quatre blogs, le mien avec pour ce thème, cet article, celui d’Hannah, celui de Cédric du blog techniques de méditation qui a organisé cet événement sur le thème « être » dans cet article pour la croisée des blogs du site développement personnel.

Cuisine de blogueurs, pour la joie de la découverte et si l’envie vous prend vous pouvez cliquer fiévreusement sur ces liens.

Pour poursuivre, Hannah nous parle donc, du savoir-être.

J’ai trouvé dans son approche une façon tout à fait intéressante d’exposer ce savoir. Étant passée par deux écoles de coaching, ma compréhension de celui-ci se basait sur une idée de conformité envers certaines valeurs d’agréabilité, de respect et d’ouverture. Hannah fait référence à la capacité d’exercer son discernement sur l’ouverture et la fermeture que nous pouvons témoigner lors d’une situation. Ainsi, l’action de rester sur ses convictions, sa réactivité, sa défensive équivaudrait à rester fermé sur celles-ci et l’action de quitter celles-ci équivaudrait à s’ouvrir à l’autre et à la vie.

Moi, j’aime. Pas vous ? Surtout que les conséquences vont au-delà de ce qu’Hannah expose.

Pour mieux nous éclairer sur ce jeu, notre joyeuse s’appuie sur un conte initiatique écrit par Charles Brulhart où un jeune prince trouvant le monde méchant et égoïste reçoit de son précepteur une bague magique. S’il tourne trois fois sur lui-même cet anneau, un génie apparaît. Le sage conseille au Prince d’appeler le génie à chaque fois qu’il sera insatisfait des gens pour lui demander conseil. Le précepteur ajoute que malgré tout, le Prince doit faire attention, car ce génie ment. En contestant ses dires, le prince obtiendra de lui des conseils plus avisés.

Nous pouvons alors lire dans l’article d’Hannah, ce commentaire :

« Vous voyez, ça débute très bien, j’aime les histoires qui ne commencent pas comme les autres, un génie qui ment au lieu d’exaucer les vœux, c’est exactement l’image parfaite de votre mentale. Ce mental est comme un type génial, pouvant venir à bout de formules très compliquées mais qui n’arrivent pas à vivre heureux au jour le jour.

 Votre mental croit comprendre et faire des prises de conscience alors qu’il ne fait que justifier ses ombres et s’enfermer dans sa purée de pois. »

C’est bien vu et bien vrai. Un plus que j’apporterai, c’est que « le coupable » n’est pas le mental lui-même mais l’égo qui le tient. L’égo lâché, le mental redevient l’objet pratique qu’il est, c’est-à-dire un moyen de canaliser et de véhiculer des concepts et des idées afin d’appréhender ce qui nous entoure. Nous sommes libres de changer de concept comme nous changerions de véhicule, libre de le prendre ou de ne pas le prendre. Encore nous faut-il le reconnaître.

Poursuivons.

Dans le fil de son article, Hannah nous montre comment le Prince peut recevoir un enseignement d’ouverture en poussant le génie à lui dire la vérité. Ainsi, je cite dans un copier-coller:

« Parcourant un jour la ville avec quelques compagnons, le prince vit une immense foule entourer un prédicateur populaire. Il écouta un instant le prêche de cet homme et fut profondément choqué par des paroles qui contrastaient violemment avec ses propres convictions. Il appela le génie. 

– « Que dois-je faire ? »

– « Fais-le taire ou rends-le inoffensif », dit le génie. « Cet homme défend des idées subversives. Il est dangereux pour toi et pour tes sujets. » Cela me paraît juste, pensa le prince. Mais il mit néanmoins en doute ce que le génie avait dit. 

– « Tu as raison », dit le génie, « je mentais ». « Tu peux neutraliser cet homme. Mais tu peux aussi examiner ses croyances, remettre en cause tes propres certitudes et t’enrichir de vos différences. »

Ceci nous prévient combien l’attachement à ce que nous croyons savoir peut nous plonger dans l’ignorance. En acceptant de lâcher un tant soit peu ses convictions il est alors possible d’ouvrir sa vision et surtout, l’expérience de soi, dans la matière incarnée et d’appliquer l’individu au tout. Dit plus simplement, d’offrir ses limites à la joie du moment afin de s’ouvrir à la félicité du partage et de l’unité.

À la suite de ce récit, Hannah, à l’appui du conte, nous précise encore :

« Pour l’anniversaire du prince, le roi fit donner un grand bal où furent conviés rois, reines, princes et princesses.

Le prince s’éprit d’une belle princesse qu’il ne quitta plus des yeux et qu’il invita maintes fois à danser sans jamais oser lui déclarer sa flamme.

Un autre prince invita à son tour la princesse. Notre prince sentit monter en lui une jalousie profonde. Il appela alors son génie.

– « Que dois-je faire, selon toi ?  »

– « C’est une crapule », répondit le génie. « Il veut te la prendre. Provoque-le en duel et tue-le.  » Sachant que son génie le trompait toujours, le prince ne le crut pas.

– « Tu as raison », dit le génie, « je cherchais à te tromper. Ce n’est pas cet homme que tu ne supportes pas, ce sont les démons de tes propres peurs qui se sont éveillés quand tu as vu ce prince danser avec la princesse. Tu as peur d’être délaissé, abandonné, rejeté. Tu as peur de ne pas être à la hauteur. Ce qui se réveille en toi dans ces moments pénibles te révèle quelque chose sur toi-même.  » 


Ainsi, Hannah nous montre combien le savoir-être à voir avec le discernement dans le moment et ce que l’acte de lâcher sa réaction peut apporter pour soi et les autres.

À ce pas je nous propose de décortiquer un peu l’histoire du conte. Pour ce faire, reprenons ce qui est dit :

« Le prince s’éprit d’une belle princesse qu’il ne quitta plus des yeux et qu’il invita maintes fois à danser sans jamais oser lui déclarer sa flamme. »

N’y a-t’il pas là, découvertes ou questions que le Prince n’ose faire ou se poser ? Qu’est-ce qui fait donc que cet homme n’ose déclarer sa flamme ? Qu’est-ce qui lui fait garder sa peur ? Son passé, vous me direz ? Je vous répondrai, plus précisément, ce qu’il fait et garde de son passé. Qu’aurait-il à gagner de prendre conscience de tous ces éléments plus ce qui les sous-tend ?

Encore le récit :

« Notre prince sentit monter en lui une jalousie profonde. Il appela alors son génie. »

Dans le mécanisme du conditionnement, est-ce que sa jalousie lui permet de regarder sa peur ou de s’en éloigner ?

Et le génie lui répond :

« Ce n’est pas cet homme que tu ne supportes pas, ce sont les démons de tes propres peurs qui se sont éveillés quand tu as vu ce prince danser avec la princesse. Tu as peur d’être délaissé, abandonné, rejeté. Tu as peur de ne pas être à la hauteur. Ce qui se réveille en toi dans ces moments pénibles te révèle quelque chose sur toi-même.» 


N’y aurait-il pas un gain pour la vie même du Prince d’introspecter ces informations qui vivent en lui et qu’il évite avec violence ?

Hannah nous montre bien que le savoir-être demande une prise de connaissance et de conscience sur les éléments en soi qui animent nos actions. Ne sommes-nous pas les seules à en avoir la totale responsabilité ? Que se passerait-il pour le Prince s’il reconnaissait et lâchait ses peurs jusqu’à l’idée et la recherche de la puissance ?

Notre bon seigneur, comme tout humain, est pris par l’identification à son histoire, esclave des idées sur lui-même et sur la vie. Comprenez-vous ce que cela veut dire ?

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Qu’est-ce qui se jouerait dans ce phénoménal système ?

Je m’appuie sur deux données afin de peut-être, mieux vous l’éclairer.

Le Bardo Thödol, livre des morts Tibétains, déjà en parlait.

Ce livre nous décrit les états de conscience et les perceptions se succédant dans la période qui se produit de la mort à la renaissance. Le lire à un fraîchement mort est sensé favoriser la libération du cycle des réincarnations. Nous découvrons dans ses pages qu’au moment de la mort, le défunt va être confronté à trois reprises, à une lumière brillante (déité) puis l’ombre (démon). Suivant sa réaction, l’âme du mort sera emportée par l’un ou par l’autre.

Les étapes sont les suivantes :

1/ l’étape du trépas 

2/ l’étape de l’expérience de la réalité

3/ l’étape de la renaissance.

Le jour du jugement dernier.

Selon les religions monothéistes le jour où se manifestera le jugement de Dieu suivant les actes et les pensées de chacun se nomme le jugement dernier. Un châtiment bien évidemment s’ensuit.

Si nous laissons de côté la facette ennuyeuse de la morale où la peur est brandie, nous pouvons regarder une autre signification possible.

Si tu n’es pas en train de naître, tu es en train de mourir. Bob Dylan.

Le jugement dernier comme le Bardo nous raconte que ces expériences se produiraient à la mort du corps. Ici je pose cette question, et si les deux principes se passaient à chaque instant de notre vie ?

Il est infiniment plus important de comprendre notre pouvoir de créer l’illusion que de comprendre la réalité, nous conte Krishnamurti.

Chaque seconde de notre existence s’offre à nous l’endormissement ou le réveil, la petite mort, comme Muktananda la nomme ou la vie. Les déesses symboliques dont parle le Bardo, sont la félicité et la grâce de pouvoir voir les choses telles quelles sont dans l’instant, les démons, nos propres images projetées sur ce que nous observons. Dans l’un, une circulation de «co-naissance» peut s’effectuer dans la liberté, l’harmonie et la conscience, dans l’autre il s’en suit une séparation d’avec ce que nous sommes. Ainsi, le jugement dernier, éternellement perpétué, nous frappe. Le « frappeur » n’est absolument pas un Dieu ou une personne extérieure ou supérieure, mais notre propre façon de nous positionner en fonction de ce qui va se présenter en nous dans l’instant et se joue dans ce que nous allons suivre ou ne pas suivre : nos convictions établit sur nos interprétations des expériences passées ou le vide nourricier qui se libère quand nous lâchons nos illusoires protections. Nous pouvons sortir de la petite mort ou y rester, quelques personnes nomment cela l’éveil.

Autrement dit, le savoir-être pourrait être la faculté de voir l’illusion que nous créons ou la dualité dans laquelle nous nous réfugions et que nous prenons comme notre liberté. Elle irait jusqu’à l’action de se laisser porter et nourrir par ce qui resterait derrière toutes nos convictions, recherches, impressions, croyances, idées… tout ce que nous nommons « Je » et que nous utilisons pour être sans voir ce que nous sommes déjà.

Dans cette époque bénie où la terre souffre de nos actions, où les animaux sont exterminés, où la crise semble faire rage, où le monde courre après le temps et où le progrès technique offre la possibilité de se détruire alors qu’il était recherché pour faciliter la vie, dans ces temps où des personnes témoignent des possibilités vertigineuses de l’humain, pourrions-nous voir avant notre recherche au plaisir combien notre responsabilité sur l’écologique est grande.

N’aurions-nous pas, chacun d’entre-nous les clés de l’harmonie ?

J’en ai l’intime conviction.

au secours fantômeQui osera voir sa grandeur et assumer ce que celle-ci lui intime d’assumer ?

Être ? A quel niveau de ses mouvements vous laissez-vous porter et emporter ?

 

2 commentaires pour Croyez-vous que vos idées soient vitales à la vie qui vous traverse ?

  1. hannah@technique Tipi 26/10/2013 à 1:10 #

    Bonjour Didier,
    C’est très sympa de faire des articles à tiroirs!
    Ravie que le conte t’ait aussi inspiré. Ce n’est
    pas tous les jours qu’on croise un conte vraiment
    issu du travail et pas seulement de l’imaginaire.
    Je suis aussi grande fan du Bardo Thodol .
    Cette idée de pouvoir s’éveiller au moment de la mort
    relativise toutes les peurs que mon mental me
    sert à ce sujet.
    Je suis persuadée que vivre la désidentificaton à
    notre bazar psychique de notre vivant nous assure
    un joyeux voyage dans les dimensions après notre
    mort.
    En tous cas c’est ce que les Tibétains nous promettent!

    • Didier 29/10/2013 à 6:59 #

      Bonjour Hannah. Tu oublies un truc qui me semble important, dit déjà par nos anciens, « vous ne pouvez pas mourir car vous n’existez pas ». Pour moi le Bardo ne se passe pas à la mort physique, mais à chaque instant, dans cet instant que tu décris dans le savoir être, qui consiste à discerner le choix de son comportement. Nous considérons que nous sommes « notre comportement ». C’est en fait « le moi » qui n’est rien d’autre que notre compréhension de l’expérience vécu. L’expérience passe tôt ou tard, l’être ou le soi ou la substance ou le vide… reste. A chaque minute nous décidons si nous restons sur notre avoir (nos compréhensions de nos expériences) ou si nous le lâchons, au moment de ce lâché, suit l’expérience du soi. Là pour moi, se situe le Bardo et le jugement dernier. Le moi est un conducteur vers une expérience beaucoup plus large que celle dont se nourrit le moi. Dans ce biais je situe le savoir être. Un art donc.

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