Le jour où j’ai arrêté de chercher l’Eveil

thème sourire Hannah2J’ai le plaisir aujourd’hui d’accueillir mon amie Hannah du blog Forme Santé idéale à l’occasion de l’événement « Agir ? Réagir ? Mais qui ou qu’est-ce qui agit ou réagit ? ». Le premier mouvement de celui-ci est composé des t’aime-sourires. Hannah a choisi le quatrième : « Un matin, vous vous réveillez avec beaucoup d’affaires à régler en ce jour. Mais voilà, vos membres inférieurs et supérieurs ne vous soutiennent pas dans ces tâches. Au contraire, ils vous entraînent et vous obligent à faire ce que vous avez toujours souhaité et que vous n’avez jamais osé. »

Et maintenant, place à Hannah.

Je vais vous raconter une histoire vraie. Un matin, je me suis réveillée dans un drôle d’état, une forme d’amnésie partielle déroutante que je vous décrirai tout à l’heure mais revenons à la veille et les quelques jours qui ont précédé cette expérience singulière.

A l’époque, j’étais engagée dans une quête de réalisation de soi, ce qui m’amenait à fréquenter beaucoup des maîtres spirituels. Ma vie de l’époque était partagée, outre mon travail à l’éducation nationale, entre la voie chamanique, la voie tantrique (la voie d’Éveil pas la pseudo-sexualité) et la voie bouddhiste.

Oui je sais, en apparence dispersée mais j’alliais ainsi les enseignements, le travail psychologique et la pratique du yoga. Je travaillais de concert le corps, l’Esprit et le psychisme.

Vous l’aurez compris, je ne fais pas les choses à moitié. Lorsque je me donne un objectif, je me donne les moyens pour avancer. C’était à l’époque ce que je pouvais concevoir de mieux pour moi. Je visais l’efficacité. Je pensais qu’en attaquant le travail intérieur sur tous les fronts en même temps, j’allais bien finir par atteindre l’Éveil.

Les voies d’Eveil

Ces voies que j’avais choisies me poussaient dans la même direction. Pour cela, il existe des pratiques tantriques où on fait appel à toutes sortes de délicieuses déesses ayant chacune une fonction particulière pour déjouer les pièges de l’égo.

Les bouddhistes (dans les enseignements Vajrayana et Dzogchen particulièrement) ne sont pas en peine non plus de rituels extrêmement puissants qui permettent de lâcher les attachements égotiques.

Il existe une pratique particulière, la pratique de Tcheu ou Chöd qui sert à trancher l’attachement à l’égo et aux émotions perturbatrices, à la confluence entre tantrisme et chamanisme.

Cette méditation libère des peurs et aide à la réalisation de votre vraie nature. Les pratiques sont souvent reliées à un maître de lignée mais la pratique de Tcheu est associée à une femme, Machik Labdrön (née en 1062). Pas n’importe quelle femme bien sur, un maître incarnant la perfection de la sagesse.

Les maîtres au Tibet ont toujours des circonstances de naissance extraordinaires.

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Machik Labdrön

La petite Machik possédait sur le front un troisième œil et sur la langue la syllabe sacrée « HRI » rouge. Sa naissance fut accompagnée d’arcs en ciels et de musiques célestes. A peine sortie, elle avait demandé à sa mère si celle-ci n’avait pas trop souffert des affres de l’accouchement.

La légende raconte qu’en fait Machik était sans doute l’émanation d’un yogi endormi dans une grotte (un peu comme ce qu’on voit dans le film Avatar).

Ce type de légende peut s’interpréter de deux façons :

Soit cela signifie qu’une réalisation hors du commun ne peut être attribuée qu’aux hommes (les anciens avaient un peu de mal à considérer les femmes comme des maîtres).

Soit, le yogi indien nous envoie l’information que pour atteindre la réalisation ultime, il est nécessaire de renaître dans un corps de femme.

Je vous laisse le choix de l’interprétation.

Machik atteint donc la réalisation ultime tout en ayant mené sa vie de femme et de mère. Elle n’accorda plus d’importance aux réalité matérielles. Dans cet état de félicité permanente, les louanges et les critiques n’eurent plus d’influence sur elle.

Mon état peu ordinaire

Mais revenons à nos moutons. J’avais participé à des pratiques intensives, comme celle de Tcheu avec mon compagnon de l’époque.

Nous nous réveillons le matin comme à l’accoutumée. C’était un dimanche fort heureusement. Je regarde mon compagnon et là… un grand point d’interrogation me submerge.

Je reconnais mon compagnon, je sais que nous avons vécu des années ensemble et pourtant, je ne me souviens de rien.

Je suis figé à aujourd’hui, maintenant mais je n’ai plus accès au catalogue de nos activités antérieures.

Je mets un temps avant de lui parler de mon état et je m’aperçois, ô surprise, qu’il est lui aussi tout aussi perplexe.

Il ne nous reste en commun que la journée d’aujourd’hui. Aucune association possible, aucune comparaison, aucun souvenir n’est disponible.

Je suis dans la réalité nue d’ici et maintenant. Celle que je cherche depuis toujours, celle qui me fait vibrer (dans le concept), celle qui, pour moi représente la vraie spiritualité : l’instant présent.

Je ne vais pas vous la raconter. Je n’étais pas fière. C’était tout ce que j’avais toujours souhaité et là, je ne savais qu’en faire.

J’ai pensé aux enseignements de mon maître tantrique. Au moins, de ça je m’en souvenais ! Il parlait souvent de la mémoire.

Démystification de la mémoire

Les meilleurs enseignements disait-il sont ceux dont on ne se souvient pas.

Le maître s’adresse à d’autres dimensions de vous-mêmes, certainement pas votre égo. Il m’est arrivé de dormir (en apparence) face à un grand maître tibétain nommé Sakya Trinzin et pourtant m’apercevoir que j’avais assimilé ses enseignements.(à mon niveau bien sur)

Le mental aime comparer, trier, faire des associations, rendre le tout cohérent. Il retient ce qui est en accord avec ses concepts.

Il retient aussi ce qui le dérange parce que cela rentre en contradiction avec ses principes et ses croyances.

Le mental n’aime pas les dossiers qui restent ouverts sans être solutionnés.

Ce que le mental ne reconnaît pas, il ne l’enregistre pas. Vous n’en avez même pas conscience.

Je cite souvent cette histoire des amérindiens qui n’ont pas vu les voiles des bateaux arriver car ils n’avaient pas le concept « bateau à voile » dans leur banque de données.

Parmi les milliards de bits d’information qui vous traversent, votre mental n’en retient que quelques millions.

Dans la présence d’un maître.

L’espace intérieur libre d’attachements du maître se répand comme une vague à l’intérieur de vous-même jusqu’à ce que cette vague rencontre une de vos identifications.

Immédiatement, vous avez une question, vous cherchez à comprendre. En général, le maître ne vous répond pas !

Je ne sais pas si le docteur Hew len de la méthode Ho’oponopono est un maître, mais lorsque quelqu’un pose une question, il a coutume de dire que c’est une mémoire.

Il propose alors à toute la salle de « nettoyer » la mémoire qui fait qu’une personne a encore une question (mentale) à poser. Il n’y a que le mental qui pose des questions.

Lorsque vous êtes à l’état zéro, vous Êtes tout simplement. Vous ne vous posez pas de question. Pas de problème à solutionner. Juste Être.

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De retour à ma journée exceptionnelle

Cette journée là, nous l’avons passée avec prudence. Ce n’était pas facile d’être amputé d’une partie de son mental et de ne plus avoir de références.

Le plus terrible, c’est que je ne voyais plus l’intérêt de vivre avec quelqu’un avec qui je n’avais pas de passé commun.

Je me suis demandé à quoi tenait la relation si l’instant présent ne suffisait pas. Le couple était-ce juste une habitude ? Un tissu de mémoires ?

A quoi étais-je accrochée alors ? Un morceau de vie passée ? Pourquoi continuer alors ? Pour quelles raisons envisager un futur ?

Nous avons passé la journée sur la pointe des pieds. Chaque instant comportait son lot de bizarreries et demandait une extrême présence pour ne pas virer à l’absurde.

Nous nous sommes couchés dans cet état, décidés à ne pas poursuivre la relation si les symptômes persistaient.

Le lendemain matin, tout était redevenu normal. J’ai béni mon mental avec ses tours de passe-passe, ses émotions et ses attachements névrotiques.

J’ai arrêté de chercher l’Éveil et j’ai commencé à me pencher sur le plaisir de vivre tout simplement.

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