Petit jeu éclairant (1)

Nasrudine est dans la rue. Il fait nuit et il est affairé au bord du trottoir. Il regarde le sol et tourne autour d’un réverbère, tantôt à quatre pattes, tantôt debout. Un ami le voit, le regarde et va à sa rencontre ;

“- Bonjour Nasrudine !

  • Ah, bonjour Sirva,

  • Qu’est-ce que tu fais là ? Tu cherches, quelque chose ?

  • Et oui, j’ai perdu mes clés, mais j’ai beau regarder partout, je ne trouve rien.

  • Oh mon pauvre, et il est tard, ce sont les clés de chez toi ?

  • Oui et je dois rentrer.

  • Oh, mon pauvre, il est tard en plus. Tu veux que je t’aide à chercher ?

  • Oh oui ! Ce serait gentil.”


Les deux hommes s’affairent ensemble, ils cherchent et scrutent la moindre parcelle autour du réverbère. Ils ne trouvent rien.

Sirva dit :“C’est quand même incroyable que nous ne les trouvions pas !”

Nasrudine répond : “ Tu as raison, c’est incroyable !”

“Elles ne doivent pas être bien loin !”

“Tu as raison, nous devons ne pas les voir, impossible autrement”

“Tu as raison, cherchons plus minutieusement !”

“Oui cherchons, minutieusement !”

Ils cherchent…minutieusement…

Rien ne se trouve.


“Mais c’est quand même incroyable ! Elles ne se sont quand même pas cachées au fond de la terre ?” S’exclame Sirva

“ Oh bien non ! Ce ne sont pas des taupes mes clés” Répond Nasrudine en rigolant.

“ C’est nous les taupes !”

“Oh non ! Taupes, nous ne sommes pas !”

“ Tu as raison, cherchons encore “

Ils cherchent…encore…

Sirva s’arrête découragé ; “ Je n’y comprends rien, nous devrions les avoir déjà trouvées”

Nasrudine s’assoit à côté de lui et s’exclame : “ Tu as raison, nous devons vraiment être des taupes ?”

“Oh arrête” rétorque Sirva “Réfléchissons, de la méthode, de la méthode ! Que faisais-tu juste avant de perdre tes clés ?” Questionne-t-il.

“Je fouillais dans mes poches…”

“Et tu cherchais tes clés ?”

“Euh oui, je cherchais mes clés…”

“Et tu ne les as pas trouvées ?”

“Heu, non …”

“ Tu les avais donc perdues ailleurs.”

“ Et bien oui, je les ai perdues ailleurs.”

“ Comment cela, tu le sais ?”

“ Et bien oui, je les ai perdues là-bas “

“ Comment cela, là-bas ? “

“ Bien oui, j’étais là-bas dans le noir, j’ai bien entendu mes clés tomber, je les ai cherchées et je n’ai rien trouvé ! “

“ Et tu viens les chercher là ? “

“ Bien oui !”

“ Comment cela, bien oui ?”

“ C’est plus pratique “

“ Comment cela plus pratique ?”

“ Enfin, ici il y a de la lumière, là-bas, il fait noir, ici on peut voir, il y a de la lumière !”

A ce stade, je vous propose un petit jeu.

Avant d’ouvrir le “open me” ci-après où vous pourrez lire ce qu’il me semble que cette histoire me montre ou fait dire, je vous propose de l’exprimer vous-même par un commentaire, et ensuite de lire. Pour ceux qui imagineraient un piège là-dessous, ou ceux qui veulent simplement connaître mes intentions, les voici :

 Vous inviter à exprimer votre vision sans que la mienne vous influence.

 Permettre à cette expression d’être enrichie du cheminement et de la compréhension de chaque promeneur surfeur.

 Diversifier les réponses.

Merci


Open Me

Nous sommes tous amenés à perdre “la connaissance”, l’origine…

Mettez le mot qui vous sonne juste…

♠ Cette perte nous plonge, semble-t-il, dans un noir intense, angoissant, envahissant, envoûtant…

♣ Mettez le mot qui vous sonne juste…

♥ Pourtant, cette origine, cette connaissance…sont vitales à notre être.

♦ Par peur de ce noir, de cette impression négative, je dis bien “impression”, nous allons tenter de retrouver ce qui nous est vital. Là où il y a quelque chose qui brille, quelque chose qui nous dit que nous allons la retrouver là, comme : le succès, le bonheur, le bien être, un métier, une femme, un homme… Mettez le mot qui vous sonne juste…

↔ Mais nous ne le trouvons pas, et parce que nous ne le trouvons pas, puisqu’il n’est pas là où nous le cherchons, nous revenons sur nos pas.  

 




4 commentaires pour Petit jeu éclairant (1)

  1. Philippe 12/08/2012 à 10:07 #

    Bonjour Didier,

    Joli texte. Je le trouve très sympa. 🙂

    C’est vrai qu’à première vue le comportement du Nasrudine peut paraître un peu absurde: chercher dans la lumière alors qu’il sait que ses clés ne sont pas là… juste parce-que c’est plus facile à chercher.
    Or, c’est souvent notre cas aussi… 🙁 😉

    Ce que je trouve sympa avec ce texte, c’est qu’on peut l’interpréter à pleins de niveaux, autant spirituel et métaphysique, comme le fait BK. Mais ça peut être aussi plus terre à terre sur le développement personnel, la connaissance de soi ou même la vie de tous les jours.

    Ce n’est pas rare qu’on cherche seulement là où c’est le plus facile, là où il y a de la lumière, même si on sait (ou sent) que la vraie solution n’est pas là.

    On dit que les vraies transformations (sur soi) ne se font pas sans inconfort émotionnel. Pour ça nous devons aller creuser un peu la part « obscure » chez nous. Là où il n’y a pas de lampadaire et où on peut chercher très longtemps si ne sait pas faire sans lumière (sans accompagnement adapté).

    La part « obscure », ça peut être celle où on doit se remettre en question, questionner ses certitudes, sortir de sa zone de confort, affronter ses peurs, fragilités, etc…

    Merci pour ce petit dialogue bien inspirant

    Philippe

  2. BK 29/07/2012 à 5:02 #

    Hello Didier,

    La clé du Paradis (du Soi) a été perdue dans les ténèbres de notre ego personnel, mais beaucoup la cherchent dans la lumière des religions, des Ecoles ou des doctrines. Là, il y a beaucoup de lumière… mais elle est « standard ». Elle ne peut donc rien pour notre problème « personnel ».

    Nasrudin nous montre simplement le ridicule de cette situation. Le Maître, la vraie religion, l’enseignement, c’est notre existence, c’est à dire la Vie telle que notre ego personnel la déforme d’une manière unique au monde.

    Et ce n’est qu’en entreprenant une investigation dans les ténèbres de cet ego, ce n’est qu’en observant de quelle manière précise notre propre ego déforme la réalité… que l’on finira par voir notre erreur, démasquer l’illusion, et retrouver la clé.

    Bernard

    • Didier 29/07/2012 à 6:53 #

      Salut BK, Merci pour ta réponse éclairante et précieuse, j’y vois déjà la clé. Dans les lumières il n’y a pas que les religions, il y a aussi tout ce qui brille à nos yeux. Cela fait un bon paquet, c’est la société entière. Maintenant, il me semble que si nous réalisons que la forme n’est rien d’autre que le fond (le vide) et que le fond n’est rien d’autre que la forme, alors nous sommes partout, puisque tout est là.

      Merci de ton pas-sage, aussi.
      Didier

      • BK 29/07/2012 à 7:59 #

        1ère phase : la montagne est la montagne, la lumière est dans le samsara, mais la clé peut être trouvée dans l’obscurité du moi psychologique.

        2ème phase : la montagne n’est plus la montagne, la lumière est dans la doctrine, mais la clé peut être trouvée dans l’obscurité du moi ontologique.

        3ème phase : la clé a été trouvée, et la montagne est à nouveau la montagne car le samsara est le Nirvana, les ténèbres sont lumineuses, et la forme est le Vide.

        Tout ceci pour dire qu’il y a un temps pour être attiré par les lumières de la ville, et un temps pour se brûler aux lumières de la doctrine.

        Ce n’est qu’après avoir été ainsi consumé que le samsara est le Nirvana !

        Il est sage que chaque pas vienne après l’autre. Sinon on tombe !

        Bernard

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