Quand l’ « A » nu est bouche « B »

« Dans la série : « les chroniquettes de Monsieur Yana Qu1oeil Voitdesdeuxyeux»

 yeux bigleux rose

Yana n’en croyait pas son œil ouvert et tout inquiet gardait celui fermé, fermé.

Il avait sur le blog d’un ami, lu cette phrase proposant un certain événement : “Saviez-vous que notre bouche et notre anus proviennent du même anneau de notre période embryonnaire ?”

Double horreur, il ne pouvait accepter cela. Mon Dieu criait-il !

Il faut quand même que vous sachiez, Yana était très pieux. De ce fait il était presque entré dans les ordres. Grenouille mal, de bénitier, il luttait corps et âme dans la prière et le repenti. Son esprit ne voyait que le mauvais, tout en pensant bien sûr qu’il s’adonnait au bien.

La nouvelle sur le buccal de l’annal, fut trop forte et un amoncellement de réflexions préoccupantes, se bouscula dans la tête de Qu1oeil :

– Ainsi, la Bouche, lieu du culte de l’hostie, avait partie liée à l’impure de l’élimination et du nauséabond ?

– Comment en ce berceau du berceau de notre enfance où la création orchestre sa pleine mesure, l’impudique pouvait-il s’exprimer ?”

Ces idées lancinantes lançaient lentement vers un “labyrantissime” abîme, l’esprit laborieux de notre Yana aux deux yeux qui en avait un encore fermé.

Dans les couloirs de sa pensée se bousculaient d’autres réflexions qui n’en étaient pas :

‘’– Mais le monde est tellement dur, méchant, égoïste.

– Pourquoi laisser faire cela ?

  • En plus, ce serait dans notre emprunte même, dans cette rencontre originelle de notre anus à notre bouche.

Oh ! Mon Dieu, comment as-tu pu laisser faire une telle chose ?”

Dans son immense trouble notre Yana, priait déjà depuis bien une heure et demie au pied de l’autel. Dans la chapelle Sainte Claire, sa prière, moulin de paroles, scandait en messe basse les strophes suivantes :

‘’Mon Dieu ! Je t’en prie, éclaire l’infidèle que je suis, pourquoi as-tu laissé une telle infamie ?

Eclaire mon âme, oh mon bien aimé. Pourquoi le bas était en haut et le haut en bas ?

Apprends à mon esprit simple, la raison de cette alliance entre le bien et le mal ?”

Yana regardait intensément le Christ sur la croix au-dessus de l’autel. Rien, absolument rien ne venait de lui. Aucune réponse n’émanait ni de son corps, ni de sa bouche, le vide et l’incroyable silence s’étendait.

Mais Yana reprenait inlassablement :

Envoi moi un signe, Maître de tout. Permets-moi de comprendre…”

Après une heure de plus, de prières acérées inlassablement répétées, Qu1oeil rentra chez lui exténué et se coucha tout habillé. Cela n’aida pas son sommeil.

Premier songe en délir.

Au beau milieu de la nuit des rêves embuèrent sont esprit déjà préoccupé. Un songe assez compliqué et très imagé s’amusa sur la toile de son esprit.

Un A se promenait dans sa tête pendant qu’une petite voix y sonnait :

Tu vois le A ? C’est l’homme qui marche debout et non à quatre pattes. Mais où sont donc ses bras ? Les aurait-il perdus en chemin ? Il marche et marche, sans savoir vraiment comment faire et quoi faire. Il court même, pensant qu’il doit aller là, et quand il y est, soit il s’aperçoit que ce n’était pas vraiment ce qu’il cherchait, soit il en jouit et une pulsion nouvelle le pousse à continuer plus loin.”

Pendant ce temps, le A évoluait d’un pas raide. Il ressemblait à un cube de glace monté sur deux arrêtes qui s’apprêtait à se décongeler. Peut-être cherchait-il la bonne température ? Où aurait-il pu la trouver ? Des points d’interrogation de toutes couleurs sortaient du sommet du A”.

Stop !” reprit la voix, “regarde le B maintenant.”

Le B avançait aussi, il se traînait sur le sol en se tortillant de gauche à droite et de droite à gauche. Dans ce mouvement oscillatoire, Qu1oeil crut voir deux bras qui se tendaient, comme s’ils essayaient d’atteindre un objet hors distance. A chaque fois l’ébauche des mains se refermait sur rien. Puis à son tour le A revenait.

Soudain l’un et l’autre prirent conscience de leur présence mutuelle.

La voix reprit : “avant de passer au C puis au D et encore au E. Avant de paraphraser, regarde donc la rencontre du A et du B.”

Le B avait saisi le A, ses mains étaient contentes. Le A pouvait s’appuyer sur les bras du B. Une danse d’amour les fit tournoyer. Une chanson sonna dans la tête de Voitdesdeuxyeux :

Merci sxc.hu

Merci sxc.hu

Tip, tap, top, notre base se retrouve !

Tip, tap, top, dans la spirale vivifiée !

Tip, tap, top, nous pouvons y danser !

Tip, tap, top, nous pouvons y chanter !

Peu importe les cris, l’émotion doit s’entendre !

Peu importe le prix, donnons à ce qui est pris !”

Toute nuit cauchemardesque ou pas, trouve son jour.

A son réveil, Yana se rappela son rêve ce qui le plongea dans un songe, mais éveillé, celui-ci. Absorbé, il en oublia l’heure et dut prestement partir au travail.

Sa journée se passa dans les réflexions suivantes entrecoupées par son activité professionnelle :

mais qu’est-ce que peut bien vouloir dire ce charabia ? Que sont donc ce A et ce B. Qu’est-ce que cela veut-il donc dire ?”

Il ne trouva, bien évidemment, aucune réponse. Aussi, avant de retourner en son logis, il fit un crochet dans cette bonne église Sainte Claire où sa prière redoubla de ferveur au pied de l’autel. Voici son substrat :

Envoie-moi un signe, Maître de tout. Permets-moi de comprendre… »

Jésus, d’où aucun cri n’émanait, restait sagement sur sa croix. Peut-être avait-il tout compris, et n’avait donc, personnellement, plus rien à dire ou à témoigner.

Mais le visage de Yana laissait percevoir la souffrance de ce silence non recueilli.

Il retourna donc à nouveau dans son patio, avec dans les neurones cette pensée électrique qui s’entrechoquait dans le fond d’un silence radio : “mais qu’ai-je donc fait, pour qu’il ne me réponde pas ?”

Le repas fut vite pris, la télévision ne coupa pas le circuit cérébral, la famille était loin et sa nuit commença à nouveau à l’agiter.

Toute journée, même tumultueuse, passe et peut donc amené à un deuxième songe en délir.

Sauron était là, devant lui, dans sa toute maléfique puissance. Il s’écriait : “A qui devrais-je donc répondre ?” Terrible malédiction d’où l’œil perfide lançait son emprise sur la terre entière et le sommeil de Yana. Qu1oeil n’en crut ni ses oreilles ni ses deux yeux, il les ouvrit d’ailleurs bien grands. Assis dans son lit, il s’esclaffa :

Un anneau pour les gouverner tous”.

Tout de go, il retomba lourdement dans son lit et se rendormit aussitôt. Quelques instants plus tard, Sauron lui réapparut grimaçant, il semblait l’épier, le visage de côté. Sa bouche jouait des mouvements bizarres. Elle formait parfois deux croissants de lune d’où émanait une lueur blafarde, et parfois se tendait dans un rond parfait aux lèvres plissées.

Peu après, le B et le A reprirent leur danse de la terre du milieu jusqu’au cimetière du Mort Dort. Tantôt ils s’agrippaient face à face, tantôt le A se retrouvait sous le B, tantôt le contraire.

« Mais qu’est-ce que tout ce bazar? Cela n’avait ni queue ni tête. » Yana, dans son sommeil cria : “Anus. Bouche. Bouche. Anus. Ahh ! J’en suis bouche B”.

Aussitôt, Sauron lui sourit et son visage se tourna totalement vers lui, il irradiait.

Ses lèvres s’ouvrirent dans un sourire large et franc, ses yeux s’illuminaient comme un feu d’artifice argenté” Qu1oeil se réveilla en sursaut :

Mon Dieu ! Lucifer en père, sonne ?” Marmonna-t-il.

Il se cacha sous son édredon avec dessus, son polochon. Comme devant un peloton d’exécution il finit sa nuit, guettant les moindres bruits et mouvements prêt à s’évader d’un bond.

Get move ! Get move !” Chantait son cœur.

Le matin de ce réveil fut un réveil saupoudré par la peur. Il n’arriva pas en retard à son travail, mais la journée fut longue et pénible tant il ratait chacune de ses tâches. Il retourna donc à ses prières en sa bonne église Sainte Claire.

merci sxc.

merci sxc.

Mon Dieu ! Mon Dieu ! Sauve-moi.

– Je t’en prie, éclaire l’infidèle que je suis, que veulent dire, Lucifer, Sauron, la danse du A sous le B ?

– Eclaire mon âme, oh mon bien aimé, pourquoi l’anus a rencontré la bouche ?

– Apprends à mon esprit simple, la raison de cette alliance entre bien et mal ?

– Dis-moi la vérité, Seigneur.”

Dieu sur son masque de pierre, y laissait son église et restait muet…

Envoie moi un signe, Maître de tout. Permets-moi de comprendre. Je t’en supplie.”

Une dame qui priait dans l’ombre, depuis plus longtemps du côté droit de notre ami, se leva et passa entre lui et son Christ bien aimé. Elle s’arrêta juste dans la ligne de mire et se mit frénétiquement à se gratter les fesses, et ce, bien au milieu. Oh ! Dieu m’en comble ! Le soulagement dura environ quarante-cinq secondes ce qui permit à Yana de s’apercevoir que la dite dame était en fait dans la fleur de l’âge.

L’étonnement trippla. Certes, nous ne voyons pas si bien dans une église, mais tout de même, devant le Saint Esprit ! Qu’allait-il penser ?

Quand la dame termina sa besogne, elle libéra la vue du Christ sur la croix. Un rayon de soleil frappait le visage du crucifié et là, Qu1eoil n’en crut pas son oeil. Voilà ce qu’il vit :

Jésus se prenait pour Sauron. Sa bouche jouait tantôt le seigneur des anneaux, la bouche en rond, tantôt un sourire à la sœur Marie. Yana hallucinait : “Seigneur sainte mère de Dieu ! Moi qui suis ton agneau,” s’étouffa presque le pauvre Yana, “ne m’abandonne pas !”.

Le Sauveur quant à lui, continuait son jeu de bouche qui s’était élargi dans une troisième figure où la lèvre supérieure pointait vers le haut.

Yana crut y déceler ceci :

  • quand la lèvre inférieure formait un berceau avec au-dessus les deux petits renflements de la lèvre supérieure, il y voyait un B,
  • quand la lèvre supérieure avec la lèvre inférieure, jouaient la tour Eiffel, il y vit un A,
  • quand le seigneur jouait les anneaux, un O,
  • B.A.O. » vit Yana.

… B… A… O ? ” Se répéta t’il tout bas. “B… A… O !” Ses lettres retentirent comme un sémaphore. “Le B et le A forment l’union” s’afficha clairement à l’esprit du fidèle Qu1oeil. Un courant de pensées fleuries l’envahit :

La bouche est le lieu où le verbe s’exprime et crée une rencontre et un rapport. Elle est aussi le lieu où les fruits de la création viennent s’offrir à la vie pour la préserver. Quand cette nourriture pénètre nos intestins, l’un teste l’un, une partie est utilisé à notre nutrition, une autre est rejetée. Les choses sont bien faites, ce n’est pas par la bouche et pourtant le tuyau est le même. Mais malgré tout, cette nourriture non voulue retourne à la terre et contribue au cycle de la vie. Ainsi l’unité règne, le A épouse le B qui épouse le A, en quelque sorte le “B à Ba”, une danse sans fin où l’on donne et l’on reçoit.

Alors, dites-moi – qu’avons-nous à faire d’autre que de dire merci ?”

Yana Qu1oeil Voitdesdeuxyeux sortit tranquille de l’église, il se sentait reçu, compris. Dieu l’avait exhaussé. Lui Yana avait eu la primeur du Seigneur. Derrière, la statue de pierre restait statue de pierre. Elle préservait dans son silence immuable, l’assurance de toutes les rédemptions et de toutes les réceptions. On pouvait tout lui donner, tout lui jeter, sans pour autant s’en débarrasser.

A la sortie, Yana rencontra trois garçons d’une dizaine d’années. A la vue de la binette de Qu1oeil, ils rirent tous, de bon cœur. Ces rires étaient francs et bien sonores. Notre homme pieu, se serait normalement formalisé et aurait d’un pied, tout aussi spontané, botté le cul de ses marmots. Oui mais voilà, cet endroit était devenu en son âme, un lieu gracieux.

Aurait-on pu dire “grâce y Dieu” ?

Allez savoir ?

Allez savoir aussi s’il avait bien compris que les choses passent et peu importe l’entrée ou la sortie, nous restons, au fond ce que nous sommes ?

La question est de savoir qui nous sommes voir qui se pose cette question.

Ce texte fait partie des 7 t’aime-sourires de l’événement “Agir ? Réagir ? Mais qui ou qu’est-ce qui agit ou réagit ?”. Il a été écrit par Didier Thiellet du blog le voyage du lâcher prise qui vous propose le jeu les mots vous sourient.

2 commentaires pour Quand l’ « A » nu est bouche « B »

  1. Sinje 11/05/2013 à 8:52 #

    Salut Didier ,
    Quels tourments ne doit-il pas subir Yana Qu’1oeil!, pour finalement entrouvrir l’autre oeil et s’apercevoir du simple qui est là ?!
    Merci pour ces chroniquettes, touchantes et si humaines, osant verbaliser ce qui pourrait se passer dans nos têtes!
    @bientôt
    Sinje

    • Didier 12/05/2013 à 3:19 #

      Bonjour Sinje. La vie nous met souvent dans l’embarras ce qui nous pousse à ouvrir l’oeil fermé. As-tu remarqué que le dessin de Yana était triste et gai à la fois ? @+ Didier

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